Koutitinhoun : transformation du riz

Aujourd’hui, départ en moto avec Lucencia pour se rendre au village de Kountitinhoun. Nous prenons la route principale en direction du sud puis tournons rapidement sur la gauche, sur une piste, pour une plongée immédiate et profonde dans la campagne : des champs de maïs et de coton, des cases, des huttes, un camion chargé de jeunes ouvriers agricoles … et nous voilà arrivées au village.

Un regroupement d’une poignée de cases, des foyers au centre, une salle commune comme église et un bel arbre apportant une ombre généreuse sous laquelle sont assises quelques femmes. Le chef du village et les hommes sont aux champs. Il faudra une bonne heure pour rassembler une dizaine de femmes. Elles étaient pourtant prévenues de notre visite … Je profite de ce temps mort pour visiter l’école encore vide (la rentrée est dans une semaine) : 3 salles pour l’école primaire, des bancs poussiéreux, les WC au loin construits par Planète Urgence. Nous passons devant un champ sarclé à la main par 2 hommes, le dos courbé. Dans la modeste église, des enfants jouent des percussions.

A notre retour, les femmes sont là et les opérations peuvent commencer : elles sont toutes vêtues avec des pagnes en tissus très colorés et portent des coiffes. Elles ont été formées à la construction et à l’utilisation des foyers améliorés : construits à la taille de chaque marmite, bien hauts pour préserver la chaleur, ils fonctionnent en réduisant de 60% la consommation de bois. Ils permettent ainsi de préserver l’environnement et de réduire le temps que passent les femmes à aller chercher du bois, qui se fait de plus en plus rare, au fur et à mesure que les surfaces cultivées s’étendent.

J’assiste sur deux demi journées à la transformation du riz qui a été cultivé par la communauté. En 6 heures, une dizaine de femmes traitent 65 kg de riz moyennant 7 étapes avant de pouvoir l’emmener au moulin pour la phase de décorticage. Tout cela se réalise sans montre et sans regarder le soleil, sans maîtriser la puissance du feu … Tout le matériel et les équipements les plus lourds ont été fournis par l’ONG Jura-Afrique.

  • 1 ère étape : élimination des impuretés légères dans l’air
  • 2 ième étape : lavage et élimination des grains immatures : ils flottent à la surface.
  • 3 ième étape : lavage et élimination des impuretés lourdes : on récupère à la passoire le riz tandis que les impuretés tombent au fond.
  • 4 ième étape : pré-cuisson de 15 minutes (jusqu’à ébullition)
  • 5 ième étape : second lavage
  • 6 ième étape : cuisson à la vapeur pendant 20 minutes : l’objectif est de faire éclater la gousse de riz, le grain blanc étant à l’intérieur.
  • 7 ième étape : séchage sur une zone bétonnée surélevée

La matinée se termine par une séance de présentation avec interprète : en effet une seule des dix parle français. La benjamine que je pensais encore aller à l’école a déjà 4 enfants dont l’aîné a 9 ans ! Elle a suivi le planning familial : les autres ont en moyenne encore 6 ou 7 enfants. Lucencia m’explique que les hommes veulent avoir beaucoup d’enfants mais ne se soucient plus ensuite d’eux : ce sont aux femmes de s’en débrouiller. Ils donnent à leur épouse une partie de la production : elles doivent la transformer, acheter ce qui leur manque et nourrir le foyer jusqu’à la prochaine récolte, d’où les formations et l’accompagnement sur de nouvelles activités génératrices de revenus (AGR) pour qu’elles puissent améliorer leurs conditions de vie. Je leur ai apporté des biscuits à la fleur de coquelicot produits à Crespières. Elles m’offrent une belle séance de danse.

Les chargés de projets rentrent au bureau dans l’après-midi pour traiter des questions administratives. En réalité la journée est terminée : portable, réseaux sociaux, projets personnels semblent être leur activité principale. J’essaie de creuser quelques points avec Bertin : il a en charge le suivi et l’évaluation des programmes. Il m’indique qu’ils ont un plan annuel qui se déroule sur 3 ans avec des objectifs quantifiés pour chaque activité à rendre compte au conseil d’administration. Il ne va pas trop lui-même sur le terrain.

Il me parle assez rapidement de ses projets personnels : il est allé à l’université pour suivre des études de marketing et a l’ambition de devenir un entrepreneur influent. Je comprends que Jura-Afrique est certes un bon employeur et cela est plutôt rare et précieux ici mais qu’ils savent qu’ils sont juste de passage : les programmes des ONG durent 3 ans et ils n’ont aucune garantie qu’ils soient reconduits. Aussi, les plus entreprenants cherchent à avoir leur propre activité. Les ONG ont elles-même du mal à garder les bonnes recrues.