Trésors de la côte libanaise

Du Nord au Sud, la côte libanaise est un véritable chapelet de cités au charme méditerranéen, marquées par l’histoire et les religions. Elle est entièrement construite. Une voie rapide à 2 fois 3 voies permet de tout connecter, de Tripoli au Nord à Tyr au Sud. Elle n’est pas éclairée et le marquage au sol s’est effacé.

Tripoli

La deuxième plus grande ville du Liban est à 90 kilomètres au nord de Beyrouth et très proche de la frontière avec la Syrie. Elle fait face à Chypre. La principale communauté religieuse est sunnite.

La création de la ville de Tripoli remonte à l’époque phénicienne mais les traces historiques les plus imposantes dans la ville sont médiévales. Le château de Saint-Gilles est une des plus imposantes forteresses que les Croisés aient édifiées en Orient. Tripoli a conservé de son passé glorieux d’intéressants monuments croisés et musulmans : la Grande Mosquée, diverses madrasas (écoles publiques), des caravansérails, des hammams … Beaucoup sont restés intacts. C’est un véritable musée à ciel ouvert d’architectures romaine, byzantine, fatimide, croisée, mamelouke et ottomane. L’authenticité de la ville est marquée dans la pierre. Elle grouille et nous errons dans les ruelles des souks qui tournicotent. Ils datent du XIVème siècle. Les tentations gourmandes sont partout : fruits, légumes frais, sacs remplis d’épices, condiments, pâtisseries … Du haut de la citadelle, je suis frappée par l’enchevêtrement de minuscules façades blanchâtres d’un côté et d’immeubles des années 70 de l’autre. Il règne ici une certaine homogénéité architecturale qu’on ne trouve pas à Beyrouth.

En ce mois d’août, l’eau de la mer Méditerranée est incroyablement chaude, aussi chaude que l’air. Nous sommes à l’extrémité Est de cette mer à peine ouverte sur l’océan Atlantique, à l’opposé du détroit de Gibraltar.

Le village d’Anfeh, au sud de Tripoli, recèle un trésor. Son lagon aux eaux claires d’un beau bleu-vert est une invitation irrésistible à la baignade. Des échelles par-ci par-là facilitent l’accès depuis les rochers tandis que nous déambulons de terrasse en terrasse. Les paillottes ont poussé pendant le Covid. Anfeh est à l’image de ces nombreux villages libanais où le nombre d’habitants est infime par rapport au nombre de libanais expatriés. L’émigration mondiale s’est produite dès le milieu du XIXe siècle vers le nouveau monde, principalement l’Australie et les Amériques. L’émigration se poursuit jusqu’à nos jours. Aujourd’hui, Anfeh est connue pour sa production de sel au pied du monastère Notre-Dame de Balamand de l’époque des croisés.

Dans ce qui devait être les bâtiments d’une exposition universelle qui n’a jamais eu lieu, j’en profite pour prendre quelques clichés d’urbex. Oscar Niemeyer, un architecte brésilien, s’est bien amusé en son temps lui aussi : cela aurait certainement pu être grandiose … Cette foire a constitué dans les années 1960 le projet phare de la politique de modernisation du Liban. Aujourd’hui c’est surtout du béton et des bouts de métal qui dépassent de partout, à peine mieux que Beyrouth et ses stigmates de la guerre civile conservés pour ne pas oublier que cela a bel et bien eu lieu.

Vallée de Kadisha 

Dans cette vallée profonde et difficile d’accès se concentrent un nombre incroyable d’ermitages et de monastères orthodoxes et maronites. Il faut parfois grimper de nombreuses marches pour atteindre ces endroits à l’abri des envahisseurs. En ce dimanche matin, les messes sont prononcées. Une salle attenante à l’église rassemble les prêtres et les fidèles qui ont fait l’effort de monter jusqu’ici. C’est le moment de partager des gourmandises ou des fruits. 

Un peu plus loin, ce sont les fameux cèdres du Liban qui apparaissent devant nous. Un petit groupement a été protégé de la déforestation massive. 300 arbres dont 12 millénaires se concentrent sur une petite surface. On en fait le tour assez rapidement : mon admiration pour ces géants est aussi forte que ma colère de les voir réduits comme une peau de chagrin. Le cèdre du Liban est convoité depuis l’Antiquité pour son imputrescibilité. Il était utilisé dans les chantiers navals et pour la construction des temples, dans lesquels l’huile de cèdre constituait aussi un élément indispensable de momification. Dès le IIIème millénaire, des navires, chargés de ce bois précieux, faisaient route vers l’Egypte. La coupe a été réglementée depuis l’époque romaine mais à la chute de l’Empire, la déforestation a repris. 

Le plus haut sommet du Liban n’est pas loin : Qornet es-Saouda culmine à 3083 mètres. Des remontées mécaniques et quelques panneaux de loueurs de matériel de ski m’obligent à admettre qu’il est possible de skier au Liban en hiver et de se baigner le même jour ! Nous continuons jusqu’au col et de là-haut, d’un côté la plaine de la Bekaa se dévoile à l’horizon et de l’autre, la mer Méditerranée s’étend sous une couverture de nuages. Entre les deux, la faille de la vallée de Kadisha ressemble à une bouche aux lèvres pulpeuses.

Byblos – Jbeïl

Byblos est habitée de manière continue depuis plus de 7 000 ans, ce qui en fait l’une des plus anciennes villes du monde. Les traces les plus anciennes d’une occupation humaine sur le site sont celles d’un village de pêcheurs du Néolithique, établi probablement vers 5000 av JC. L’ancienne cité est entourée de murailles d’époque médiévale comportant des fûts de colonnes antiques inclus dans les murs. L’intérieur abrite une église construite par les Génois, une petite mosquée, un souk d’artisanat local, le château croisé, le site antique et le port. Il est très plaisant de s’y promener en toute sérénité.

Cette cité est accessible en taxi depuis Beyrouth en ¾ d’heure. N’ayant aucune idée des prix, j’utilise une application qui s’appelle Bolt pour réserver mes déplacements. Les chauffeurs acceptent la course puis, une fois que je suis assise, ils remettent en question le prix donné par l’application : les prix ne sont soit disant pas à jour ! Bienvenue dans le monde du marchandage auquel je ne suis pas habituée. Il faut aussi jongler entre les dollars et les livres libanaises qui servent surtout de petite monnaie. Aujourd’hui le cours était de 89 000 livres libanaises pour 1 $ et de 0,000010 euros … sortez les calculettes. Au retour, mon chauffeur n’a pas cherché à en obtenir plus. Il ne parle ni anglais ni français, ceci explique cela. Est-ce juste ou injuste ? 

Saïda – Sidon

Au sud de Beyrouth cette fois-ci, nous découvrons une cité paisible, absolument pas touristique. Elle possède une longue et riche histoire : elle traversa les siècles avec des destinées diverses au contact des différents peuples qui la contrôlèrent, les Phéniciens, les Assyriens qui la ruinèrent en 677 av JC, les Perses achéménides, les Macédoniens, les Séleucides, les Romains et plus tard les Croisés, les Arabes, les Ottomans, et les Français. Elle fut dans l’Antiquité l’une des plus grandes villes de la Phénicie puis incorporée dans le Royaume d’Israël du temps du roi David.

Le premier édifice que nous repérons est une petite citadelle croisée posée au-dessus de l’eau. Une jetée de pierres blondes nous y conduit. Les murs affichent l’étrange cohabitation des tranches d’anciennes colonnes romaines avec des blocs parallélépipédiques, comme à Byblos. Minuscule citadelle, petit bijou d’architecture, témoin des différentes civilisations, elle nous invite ensuite à nous engouffrer dans les souks situés juste en face. Hammam, savonnerie, palais du ministre des finances du sultan, caravansérail des Français nous projettent dans d’autres univers, un voyage dans le temps de toute beauté et tout en douceur. 

Tyr

Encore plus au Sud, à 70 km de Beyrouth, la cité de Tyr nous réserve deux beaux sites archéologiques dont un des plus grands hippodromes du monde. Avec ses 480 m de long et ses 160 m de large, il pouvait accueillir 20000 spectateurs assis. Dix chars prenaient place de front. Des mosaïques byzantines au sol, des dallages romains et byzantins, d’immenses sépultures, un arc de triomphe surdimensionné … Tout ici respire des temps prospères grâce au commerce du verre et du pourpre. 

Conquise par Alexandre Le Grand au IV siècle av JC, elle a été ensuite une des étapes de Saint-Paul en route pour Jérusalem en 57. La cité a fondé des colonies telle que Carthage. Le port de Tyr devient au XIXème siècle av JC le principal port de Méditerranée orientale. 

Le sud du Liban est majoritairement chiite. Les camps palestiniens sont tout autour.  La région plus au sud est marquée par l’occupation israélienne de 1978 à 2000. 

C’est peut-être pour cela que nos relations libanaises de l’Hôtel-Dieu de France de Beyrouth nous avaient dissuadées de venir ? Les paillotes au bord de l’eau accueillent des familles et facilitent la baignade. L’eau est aussi chaude que l’air ambiant et d’une belle couleur turquoise. Les parasols de toutes les couleurs sont de sortie sur la plage et sous eux, les chichas fument. Scène incongrue mais bien réelle, des pêcheurs lancent leur canne les pieds dans l’eau depuis des colonnes romaines. Mais que fait le patrimoine historique à l’eau ? Heureusement que la visite du musée de Beyrouth et la vue de son exceptionnelle collection de sarcophages anthropoïdes, des stèles phéniciennes, des momies de chrétiens du Liban médiéval m’ont rassurée sur la protection des œuvres historiques. Les petites rues du quartier chrétien nous invitent à déambuler : nous savourons cette ambiance bon enfant et la douceur estivale d’une soirée d’été au bord de la mer Méditerranée.

La tentation de tous les instants

Citronnade fraîche agrémentée d’une feuille de menthe, délicieux kéfir, mezze d’houmous, fattouche, kebbe, knafeh, falafels, poulet à l’ail, taboulé, labneh, babaghannouj, pain libanais, pâtisseries orientales proposées par de véritables palais de gourmandises, bouibouis offrant des falafels, fruits gorgés de soleil, épices aux effluves envoûtantes … divine cuisine pour assouvir tous les palais et démultiplier le plaisir en bouche. Que de richesses ! Que de beautés ! Nous sommes comblées.